Courrier des lecteurs

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Challenge: vulgariser les vaccins anti-COVID à destination de Kél, 8 ans.

Bonjour Enireves

J’ai une question sur le vacsin de la covide.
Mon papa dit que c’est super dangereux et qu’il ne faut pas qu’on se fasse vacsiner. Mais Maman, elle dit que papa dit que des bêtises (comme d’habitude) et que si on ne le fait pas on va mourir.
Moi j’aimerais bien savoir qui a raison. Et aussi comment le vacsin il fonctionne.
J’ai regardé sur gougole mais c’est trop compliqué, alors je comprends rien. J’ai que 8 ans, alors il faudrait que tu expliques avec des mots simples.

Et aussi, pourrais-tu faire un dessin pour bien m’expliquer et que je comprenne ? (Si tu pouvais faire un soleil dans un coin, ça serait cool, parce que j’aime bien)

Je te dis au revoir et je te fais des bisous
signé : kél
(en vrai je m’appelle kélya)

Chère Kél,

Par où commencer pour expliquer comment fonctionnent les vaccins anti-COVID ? Peut-être en présentant comment fonctionne le corps quand il rencontre un microbe. Comment le corps sait que c’est un microbe dangereux et qu’il faut lui mener la guerre?

Dans le corps circulent des sortes d’agents de sécurité qui contrôlent les papiers d’identité de tout ce qu’ils rencontrent, sans faire de délit de faciès. Pour cela, chaque cellule de notre corps fabrique des preuves qu’elle affiche à sa surface.

« C’est quoi une cellule ? »

Il faut imaginer le corps comme un assemblage de millions de petites briques vivantes. Chaque brique est appelée cellule. Cela reprend le terme de cellule de prisonnier ou de moine, pour donner l’idée de quelque chose de fermé. Il faut imaginer une forme de sphère pleine (mais en réalité, ça peut prendre plusieurs formes) qui contient plein de trucs et qui n’est pas lisse en surface. Au contraire, elle a des bosses, des sortes de branches et des aspérités. C’est à travers ce qui dépasse en surface que les cellules présentent leur identité. Il existe deux cents types de cellules différentes qui constituent la peau, le cœur, les muscles, le foie, etc.

Schéma personnel. Les échelles ne sont pas du tout respectées

Les agents de sécurité, pendant leur ronde peuvent tomber sur des microbes qui se baladent en quête de cellule à infecter. Comme ils ne montrent pas les papiers d’identité connus par les agents de sécurité, ils se font détruire par un système qu’on appelle réponse inflammatoire. En gros, il y a plein de monde (plein de cellules spécialisées dans la défense du corps) qui arrive et qui attaque les microbes avec des molécules chimiques. Ce qui est intéressant, c’est que les agents de sécurité gardent en mémoire l’identité des microbes et, s’ils s’aventuraient à revenir, la réaction serait beaucoup plus massive, rapide et efficace. Ce serait une armée d’anticorps qui viendraient les détruire cette fois.

« Ok, mais j’apprends rien sur les vaccins, là ! »

Attends, ça vient. Justement avec le vaccin, on présente exprès au corps des papiers d’identité d’un virus contre lequel on veut que le corps se protège. Lors de la première injection, on provoque la première réaction, la réaction inflammatoire. Souvent, après injection du vaccin, on a une rougeur, ça peut faire un peu mal, on peut avoir de la fièvre. C’est parce que la réaction inflammatoire se déroule ! Mais après ça, si jamais le vrai virus arrive, les agents de sécurité l’ont déjà dans leurs fichiers et peuvent déclencher la réponse immunitaire très efficace. Et le virus n’a pas le temps de réaliser ses méfaits. On peut faire une deuxième injection pour faire en sorte que le corps réagisse très efficacement le jour de la confrontation avec le vrai virus. C’est ce qui est prévu avec le vaccin anti-COVID.

Bon, maintenant que je t’ai expliqué le principe de la vaccination, il faut comprendre comment on s’y prend pour montrer aux agents de sécurité des papiers d’identité du coronavirus. Il y a plusieurs stratégies, et c’est pour cela qu’il existe plusieurs vaccins anti-COVID.

Soit on prend le virus en entier et on le désactive de manière à le rendre inoffensif, et on l’injecte dans le corps. C’est la façon de faire qui se rapproche le plus de ce qui se passe naturellement. C’est ce qui est déjà fait pour certains vaccins (vaccin de la rage, de la coqueluche, …). Mais c’est compliqué à faire, ça prend du temps et il faut être hyper sûr que le virus est bien inoffensif. On peut aussi fabriquer une particule qui ressemble au virus mais qui n’est pas dangereuse. Là aussi c’est compliqué à faire, mais c’est possible, et on le fait pour certains vaccins (vaccin Rougeole-Oreillon-Rubéole).

On peut aussi ne s’intéresser qu’aux parties du virus qui sont tout de suite vues par les agents de sécurité, ce qui dépasse du virus. Si tu as vu des schéma du coronavirus, tu vois qu’il a comme des pics qui forment une couronne (d’où le terme de corona-virus). Chaque pic est une protéine, appelée S (pour Spike qui veut dire pic en anglais. Sur mon schéma, ce sont les pics en rouge). Cette protéine S va tout de suite être détectée par les agents de sécurité. Alors, on va chercher à ne prendre que cette protéine dans un vaccin et la montrer aux agents. Pour cela, il faut fabriquer la protéine. Là encore, il existe des vaccins qui utilisent cette stratégie (contre l’hépatite B par exemple). C’est notamment la stratégie qu’a adoptée Sanofi, une entreprise française (qui fabrique aussi le Doliprane à la fraise). Ils ont pris du retard, parce que ce n’est pas si simple de produire une protéine et de la mettre dans un vaccin. Souvent il faut mettre un produit avec, on appelle ça un adjuvant, qui permet de faire en sorte que la protéine soit en bon état lorsqu’elle est injectée. C’est cet adjuvant qui fait mal lors de l’injection et qui peuvent provoquer des réactions chez certaines personnes.

Pour contourner cette difficulté de produire ces protéines, il y a des petits malins comme Moderna Therapeutics et Pfizer/ BioNTech qui se sont dits que ce serait le corps qui allait les produire tout seul, et les présenter à la surface de ses propres cellules. Dans ce cas-là, les cellules présentent un bout d’identité qui est celle d’un virus pour dire « je suis prise en otage par un virus, il faut me détruire avant que je contamine les copines! ».

« Mais comment on fait?  »

On utilise le fameux ARN messager ! Non, ne pleure pas, je vais t’expliquer, ça va bien se passer.

Reprenons le schéma de la cellule: au centre, on trouve un compartiment particulier qu’on appelle le noyau. Un peu comme un noyau de pêche au milieu du fruit. Dans le noyau de la pêche, si tu t’es amusée à l’ouvrir un jour, il y a une amande. Et bien, là, dans le noyau, il y a ce qu’on appelle l’ADN (sur mon schéma, le noyau est rose-violet et l’ADN est la masse en bleu foncé). L’ADN, c’est très précieux, c’est ce qui détermine ton identité, ce qui donne la couleur de tes yeux, de tes cheveux, et c’est ce qui permet à ton corps de fonctionner. Comme l’ADN est précieux, il ne sort pas du noyau. C’est comme un grand livre dont on recopie les messages dont on a besoin pour le fonctionnement de la cellule. Ces copies, ce sont les ARN messagers. C’est assez petit et comme un message copié sur une feuille volante, ça ne reste pas longtemps, ce n’est pas stable. Une fois que le message est traduit, on n’en a plus besoin, on le détruit. Et figure-toi que le message est traduit en protéine. Donc, si on injecte de l’ARN messager qui a recopié le message pour fabriquer de la protéine S du coronavirus, alors les cellules de notre corps vont la produire et présenter des bouts de cette protéine S à la surface (ce sont les points rouges exposés à la surface de la cellule sur mon schéma). Et le tour est joué: les agents de sécurité vont voir ces bouts qui sont des éléments d’identité d’un microbe. Cela va déclencher une réponse immunitaire pour se défendre de cette invasion, avec mémorisation de l’identité de l’envahisseur. Le gros avantage de cette approche, c’est que c’est assez facile de produire de l’ARN messager. On ne peut pas l’injecter directement, il faut le mettre dans une sorte de bulle protectrice, mais ce n’est pas un adjuvant. Là encore, ces bulles peuvent être mal reçues par certaines personnes qui peuvent déclencher une réaction. C’est pour cela qu’il faut qu’un médecin soit présent. Certaines personnes pensent que l’ARN messager va intégrer notre noyau et s’intégrer dans notre ADN. C’est impossible. Il n’y a rien dans nos cellules qui permette cela.

Si tu as compris cela, tu vas comprendre la dernière stratégie: utiliser l’ADN du virus qui va entrer dans nos cellules. A partir de là, un ARN messager va être produit par nos cellules pour fabriquer une protéine qui sera présentée aux agents de sécurité comme identité du coronavirus et déclencher une réponse contre l’invasion. Là encore, c’est facile de produire de l’ADN. Et, depuis quelques années, on sait le mettre dans une particule qui le protège: ce sont des vecteurs viraux. Allez, encore un dernier effort pour comprendre ce principe: il s’agit de particules qui ressemblent à des virus que l’on connaît, qui vont transporter l’ADN du coronavirus. Le problème avec cette approche, c’est que notre corps va aussi réagir contre les papiers d’identité des vecteurs viraux. Donc il faudra faire une première injection avec un vecteur viral issu d’un virus et la deuxième injection avec un vecteur viral issu d’un virus différent. C’est la stratégie qu’a adoptée Astra Zeneca avec l’Université d’Oxford au Royaume Uni. Ce vaccin va bientôt être disponible. Avec cette stratégie, il y a un petit risque que l’ADN du virus s’intègre à notre ADN. Cela provoquerait une production en continu de protéines du virus et on aurait en permanence une guerre menée par notre système de défense.

Donc tu vois, à travers tout ce que je viens de t’expliquer, il n’y a rien de dangereux. Et puis, même si un brillant chercheur a l’idée de fabriquer un vaccin, il n’a pas le droit de l’injecter à des êtres humains. Il doit fournir tout un tas de preuves à des personnes qui comprennent bien ce qu’il a fait pour démontrer que le produit n’est pas dangereux et qu’il est efficace. Suffisamment efficace pour que les risques d’effet indésirables (réaction allergique, etc…) vaillent la peine d’être pris.

On ne va pas tous mourir si on ne se vaccine pas, mais on voudrait que le virus arrête de circuler, qu’il y ait moins de personnes dans les hôpitaux qui nécessitent des soins très importants et qui risquent de mourir. Si tes grands-parents attrapent cette maladie, ils risquent d’avoir de grandes difficultés à respirer, peut-être à tomber dans le coma, voire de mourir. Je sais bien qu’il doivent mourir un jour, qu’il sont vieux, donc ce jour se rapproche, mais si tu pouvais en profiter encore un peu, je pense que tu apprécierais, n’est-ce pas? Et puis, ils risquent de souffrir, d’angoisser avant de mourir ou pendant de longues semaines voire de longs mois. Et rester dans le coma longtemps, ou être intubé pour mieux respirer, c’est traumatisant pour le corps et pour l’esprit. C’est toujours mieux si on peut l’éviter. Donc pour toutes ces raison, il faut que le plus grand nombre de personnes se fassent vacciner. On pourra alors de nouveau aller voir nos grands-parents sans les masques et se prendre dans les bras.

La chance qu’on a c’est que ce virus a touché tous les pays, donc tous les savants du monde entier ont travaillé ensemble pour comprendre comment le virus était fait, ce qui a permis aux fabricants de vaccins de commencer très tôt. En même temps, ceux qui s’assurent que les fabricants ne font pas n’importe quoi se sont aussi organisés pour examiner les différentes preuves que leur apportaient les fabricants. Ainsi, ils ont pu autoriser les vaccinations très rapidement. On n’a jamais été aussi rapides pour concevoir, fabriquer et mettre à disposition de la population des vaccins. Et puis les différents pays ont donné beaucoup d’argent pour faire en sorte que les productions puissent se faire.

J’espère que tu as compris ce que je t’ai raconté et que tu pourras expliquer à tes parents qu’ils peuvent se faire vacciner sans crainte. Et surtout, ils peuvent venir m’écrire pour me poser leurs questions.

Je t’embrasse à mon tour, pour un bisou masqué, car on doit encore rester vigilants !

PS: tu as vu? J’ai dessiné un soleil et d’autres petits trucs que j’aime bien 😉

PPS: Si tu veux, je peux t’envoyer le dessin par la Poste. Tu pourras l’encadrer et l’afficher dans ta chambre 😀

Un commentaire sur “Courrier des lecteurs

  1. Merci pour ce texte tellement clair ! qui mériterait une large diffusion (si un enfant de 8 ans peut le comprendre, espérons que n’importe qui puisse aussi !). J’allais faire une blague sur ‘absence de toute mention à la 5G, mais vu qu’il y a des gens qui croient fermement à ces théories du complot… (le papa de Kél aussi, peut-être ?).

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