Sale cabot

Sale cabot

Il attendait bien sagement, affichant une attitude confiante et paisible, que le petit bonhomme passe au vert. Lorsque le rouge s’effaça, il se redressa et s’engagea sur le passage piéton d’un pas alerte, tout en s’assurant que ça suivait derrière. Son air décidé faisait s’écarter les piétons venant en sens inverse. Et ça, précisément ca, voilà ce qui agaçait Guillaume au plus haut point.

« Non mais ce n’est qu’un clébard les gars ! Ok il guide un aveugle, mais ce n’est pas une raison. Ce n’est qu’un animal qui ne pense qu’à bouffer et dormir et éventuellement jouer à la baballe. Et ce n’est pas une bête qui va nous dicter sa loi bordel ! Cet animal collabo qui accepte d’être tenu en laisse, qui fait la fête à son maître et va ramasser son bâton en la ramenant la queue frétillante ? C’est une blague. Une putain de blague. Quelqu’un a senti à quel point ça puait ? Ça bave, c’est crade et ça vient s’ébrouer sur toi. » Guillaume avait envie de crier au visages de tous ceux qui s’émerveillaient devant le chien. « C’est vous les esclaves de ces bêtes ! Regardez-vous, écoutez-vous avec cette voix de neuneu pour leur parler. Vous êtes pathétiques. »

Guillaume détourna le regard de la scène du chien d’aveugle pour ne pas s’agacer davantage. Il s’avança à son tour sur le passage piéton, regardant droit devant lui, ignorant les personnes arrivant en face. Il était grand et rapide, aux autres de s’écarter. Il fallait savoir s’imposer dans ce monde. Pas jouer les carpettes. Il passa devant les militaires qui gardaient les bâtiments en faisant mine de les ignorer, la tête haute. Ne pas montrer qu’il était impressionné, qu’il avait soudainement peur en voyant leurs armes en bandoulière. Ne pas sombrer dans la panique car n’importe qui pouvait débouler à tout moment et provoquer le chaos et la destruction. Il s’aperçut qu’il regardait les gens autour de lui en essayant de déceler un potentiel assassin. Il sentit aussi que son souffle était plus court, ses battements de cœur plus rapides. Il cédait à la panique. Il se concentra pour ralentir et amplifier sa respiration, évita de regarder les autres passant et hâta le pas pour rentrer chez lui.

Il avait retrouvé son calme en franchissant la porte de son appartement. Il s’en voulait de son moment de panique, faisant le jeu des terroristes. Il ne pouvait pas et ne devait pas s’empêcher de vivre. Il ne devait pas et ne pouvait pas soupçonner chaque individu qu’il croisait d’être un de ces tarés finis.

Il se débarrassa de son manteau, de ses chaussures, et se réjouit à la perspective de la bonne soirée qui s’annonçait. C’est donc rasséréné qu’il se dirigea vers son chat pour lui offrir le tout nouveau jouet qu’il venait de lui acheter

2 commentaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.