Writober 15 – Avant-poste

Writober 15 – Avant-poste

Aller au front, en première ligne, être visible, prendre des risques. Voilà pourquoi il aimait tant être aux avant-postes. Aujourd’hui il était sur le banc de touche. Il fulminait. Il ne tenait pas en place, multipliant les allers et venues le long du stade. Il ne supportait pas la vue des autres joueurs sur le terrain et il avait envie de cogner le coach. Comment avait-il osé! Voilà que maintenant l’équipe avait du mal à maintenir le score, et il semblait impossible difficile d’améliorer, à quelques minutes de la fin du match. C’était bien fait pour eux. Ils n’allaient pas se passer de lui comme ça.

Franchement, il ne méritait pas cette humiliation. Tout ça parce qu’il avait taquiné Edouard. Ils avaient beau essayer de le sanctionner, il n’en démordrait pas. Edouard était un fiotte et le fait qu’il se soit plaint au coach en était une preuve supplémentaire. Qu’est-ce qu’il avaient tous avec leur mièvrerie? Si t’es pas content avec l’esprit viril du vestiaire, tu vas faire de la danse ou du patinage artistique! Non mais regarde-moi ça, en plus il ne court pas assez vite! Il a une bonne technique mais il n’est pas assez rapide, pas assez puissant! Il ne s’impose pas assez devant l’adversaire. Lui au moins on le craignait, et ça lui ouvrait des couloirs sur le terrain.

Ce qui le décevait le plus c’est que le coach marche dans leurs combines. C’était un gosse de riche le Eddie? Il fallait faire plaisir à papa qui finance le club? Si c’était ça, il reléguait alors le coach au rang de ces suceurs de bite de la fédé.

But? Où ça? Pour qui? Pour nous? Qui ? Qui a marqué? Il s’était éloigné du banc de touche, il n’avait pas suivi l’action. Il regarda donc ses co-équipiers sauter de joie et aller féliciter le buteur. Mais putain c’est qui? On voit rien avec tout ce monde! C’est ce bon vieux Mattéo! Ah ah bien joué! Eh! Mais pourquoi il fait un hug à Edouard? Pourquoi il ne me cherche pas pour fêter ça avec lui? Pourquoi tout le monde est après eux deux? Mais ils sont tous devenus pédés dans cette équipe?!

Au vestiaire, rien ni personne ne parvint à le dérider. Il gardait la mâchoires contractées de rage et de frustration. Pire que ça, personne ne semblait remarquer son silence ni avoir le moindre scrupule à fêter ce match nullissime jusqu’à la dernière minute! Ils avaient tendance à l’oublier.

Le coach fit son entrée et félicita Mattéo et Edouard pour leur belle action qui avait sauvé le match. Chacun prit place sur des bancs pour le rituel du debrief. Et là , le grand n’importe quoi continue. Et « Bravo Samir pour ton endurance » par ci, « très belles récupérations de balles » par là.

« Non mais c’était un match de merde! Vous avez de la merde dans les yeux ou quoi? Heureusement que l’équipe d’en face aussi était nulle! Une équipe normale vous aurait défoncé vos p’tites gueules! » Il crachait à force de ne plus pouvoir contenir sa rage. Le coach se tourna vers lui et croisa les bras. « Tu sors de ce vestiaire et tu n’y remets jamais les pieds. » Le silence se fit instantanément.

– Genre. Vous pouvez pas faire ça.

– Et bien tu vois, si. Tu as eu plusieurs avertissements, on t’a donné plusieurs fois ta chance, mais tu sembles ne pas comprendre. Je m’en fous de ne pas gagner des matches parce que tu n’es pas sur le terrain. Tu n’as pas encore compris? Ce que je veux c’est maintenir une cohésion d’équipe. Pas questions d’entretenir l’égo et le mauvais esprit d’un joueur, aussi bon soit-il. Je t’observe depuis tout à l’heure. Au lieu de te réjouir de notre victoire, tu fais la gueule dans ton coin, en attendant qu’on vienne de solliciter. Si tu n’es pas capable de comprendre ce qu’est un esprit d’équipe, tu n’as pas ta place ici.

– Vous ne pouvez pas faire ça! Sa voix moins était moins assurée cette fois-ci.

– Je viens de te dire que si. Alors tu prends tes affaires et tu sors.

Il chercha du soutien auprès de ses co-équipiers, ses potes. Ils regardaient tous leurs crampons. Sauf Edouard. Edouard regardait alternativement entre lui et le coach.

– Ah t’es content Eddie! T’es débarrassé de moi. Ton père doit être pété de thune! Il en a pas marre de se faire sucer le boules? Hein, il doit avoir les couilles bien lisses à force!

– Arrête avec mon père.

– Ah tiens, on s’énerve!

Le coach coupa court la dispute qui s’installait.

– Son père. Il faut que tu apprennes à te renseigner avant d’insulter les gens. Il travaille pour le tien. Maintenant tu sors, je ne veux plus te voir. »

Rentré chez lui, il ruminait dans sa chambre quand son père entra.

« Alors, tu t’es fait virer de ton club de foot? Tu sais combien j’investis dans le club?

– Justement, tu peux demander à faire virer le coach et je pourrai ré-intégrer l’équipe.

– Et pourquoi j’accèderai à ta demande? Parce que tu es victime d’injustice et de mauvais jugement? Je ne crois pas… Parce que tu as de bonnes notes à l’école? Ah bah, non, ça non plus, … Alors? Dis-moi… Donne-moi envie de changer d’avis. »

Il avait deviné dès qu’il était entré dans la pièce que ça se finirait comme ça. Il contracta de nouveau les mâchoires. Le foot, c’était tout ce qu’il avait. C’était par ça qu’il existait. Il avait besoin de ré-intégrer l’équipe. Il le fallait. Quel qu’en fut le prix. Il s’agenouilla alors devant la braguette béante.

Ce texte s’inscrit dans une série qui s’alimentera au cours du mois d’octobre, en lien avec un détournement de Inktober. Le détournement est une idée de Kozlika : au lieu d’un dessin par jour, ce sera un texte inspiré par le mot du jour

3 commentaires

  1. Woao !! Quelle surprise !
    Comme d’hab je suis fan 🙂

    Chacun de tes textes quotidiens sont comme la boite de chocolats de Forrest Gump. J’adore

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