Fin de l’Abondance

Fin de l’Abondance

« C’est loin mais c’est beau ! »

– Tu nous fais du Chirac ?

– C’est plutôt lui qui a fait du slogan plat à deux balles !

– Le chalet est juste là.

– Mais c’est charmant ! »

Une fois la voiture garée, ils descendirent leur peu d’affaires et les quelques courses qu’ils avaient récupérées après leur commande en ligne faite pendant le trajet.

Elle lui demanda d’attendre avant de rentrer. Elle ouvrit tous les volets et les fenêtres pour laisser l’air des Alpes chasser l’odeur de renfermé.

Elle l’invita ensuite à entrer et lui présenta le chalet familial :

« Et voilà! C’est ici que je viens tous les hivers, au moins, depuis que je suis toute petite. Cela ne fait pas très longtemps que je prends plaisir à venir aux autres saisons. Comme tu l’as si bien souligné, c’est pas à côté, il faut rester au moins deux jours pour rentabiliser.

– C’est magnifique. Ça sent comme dans mes souvenirs de sport d’hiver, j’adore cette odeur ! Ça me rappelle le ski, les meilleures vacances selon moi !

– On a de la chance, je crois que mes parents sont venus il y a peu de temps. Ils ont aéré. Parce qu’après plusieurs mois fermé, le chalet ne sent pas que les bons souvenirs !

– C’est hyper chaleureux, hyper cosy ! J’adore ! Tu me fais visiter ?

– Bah globalement tu as tout vu: la pièce principale d’où on voit toutes les pièces: la cuisine ouverte, les toilettes à côté de l’entrée et la salle de bain en face. Et là-haut la chambre-mezzanine.

-La chambre ? Il n’y a qu’une chambre ?

– Oui, mais ne t’inquiète pas, le canapé est convertible. C’est comme dans les loc’ au ski: l’espacé est optimisé ! »

Il la vit prendre ses affaire et monter, il en déduit que le canapé convertible était pour lui. Il alla à la fenêtre prendre des photos du paysage.

Elle redescendit très vite. Elle avait troqué son jean pour un short et avait noué son t-shirt au-dessus de la taille. Elle s’empara des sacs de course et se dirigea vers la cuisine. Il lui vint en aide, pour se révéler inutile et gênant lorsqu’elle voulait accéder à l’un ou l’autre des placards. Elle le poussait de façon très douce pour lui faire comprendre qu’il se tenait devant le tiroir qu’elle voulait ouvrir. Il sentit de nouveau ses mains lorsqu’elle voulut qu’il libère l’accès au placard des conserves. Il finit par se poster de l’autre côté du bar pour lui laisser le champ libre.

 » Je peux commencer à couper les tomates pour la salade pendant que tu ranges tout ! Donne-moi une planche, un couteau et les tomates, je me mets dans un coin et je ne bouge plus !

– Attends, on ne va se mette à faire à manger tout de suite ! On va se relaxer avant ! Après ces heures de route j’en ai bien besoin !

– ok, comme tu veux, mais si on mange tôt, on a la soirée tranquille après et ce n’est pas agréable de se coucher sans avoir digérer.

– Tu penses déjà à aller te coucher ? Sois un peu patient ! J’ai beaucoup mieux à te proposer ! »

Elle choisit deux verres dans un placard et une bouteille de champagne du frigo.

« On laisse toujours une bouteille au frais pour les prochains ! »

Il inspecta les verres et entreprit de les laver, profitant qu’elle avait quitté la cuisine quelques instants.

Elle revint avec une clé et les yeux brillants.

« Suis-moi, je vais te montrer le trésor de ce chalet qu’on ne trouve pas dans les appartements de ski pour touristes ».

Il la suivit dehors jusqu’à la double porte du garage. Celui-ci se révéla contenir un jacuzzi gonflable.

Elle déposa la bouteille et les verres sur une petite tablette à roulettes qu’elle rapprocha du jacuzzi. Puis, se déshabilla et entra dans l’eau.

« Tu viens ? »

– Je ne savais pas, je n’ai pas pris de maillot de bain…

– On s’en fout, pas de maillot de bain ici !

– Je préférerais quand même. Je vais prendre la chaise longue là et m’installer à côté, comme ça on pourra discuter.

– Comme tu voudras. »

Elle lui tourna le dos.

La chaise longue se montra récalcitrante et ses gestes nerveux ne facilitèrent pas l’installation. Il pria pour que la toile ne craque pas une fois assis. Il était évidemment trop bas et il devait lever exagérément le bras pour atteindre son verre. il ne pouvait la voir, aussi il s’adressa à la structure gonflable.

« C’est vraiment super chouette ici, merci de m’avoir invité !

– Contente que ça te plaise. Mais c’est dommage que tu ne viennes pas, c’est vraiment très relaxant, après les heures de trajet, ça fait beaucoup de bien. Tu es sûr que tu ne veux pas venir ? Je me retourne si tu ne veux pas que je te voie nu. Dans ma famille on n’est pas pudiques. Alors je n’ai pas le réflexe que d’autres le soient.

– Non… merci, à l’inverse je suis très pudique et ça me gênerait d’être nu dans la jacuzzi… avec toi… qui es nue aussi »

Il n’avait pas pu dissimuler son embarras dans la voix.

« Il ne faut pas que ca te gêne, bien sûr. Mais je t’assure que c’est une expérience délicieuse. Tu loupes quelque chose. Et puis… » Elle croisa ses coudes au-dessus du jacuzzi et le regarda, le menton planté dans ses coudes. « Tu trouverais ça vraiment si gênant que ça de te retrouver nu près de moi… je veux dire, on s’entend bien toi et moi, pourquoi ne pas voir si on s’entend vraiment bien ?

– Ah non mais euh… je suis sincèrement désolé, cette situation devient vraiment gênante. Tu sais bien, je ne peux pas… enfin, je ne suis pas… disponible.

– Oh pardon, je ne savais pas que tu avais retrouvé quelqu’un ! Tu ne m’en as pas parlé ! Je suis désolée, je me trouve ridicule maintenant. On a passé beaucoup de temps ensemble ces derniers temps, des moments très tendres, j’avais l’impression que… Oh la la, c’est terriblement gênant !

-Oh non, C’est moi qui désolé ! Et puis non, je n’ai rencontré personne c’est juste que… »

Il avait voulu se lever de la chaise longue pour se rapprocher d’elle, alerté par une larme qui s’était échappée. Il avait voulu. Parce qu’on ne bondit pas d’une chaise longue. On s’extirpe. On s’y reprend à plusieurs fois. On prend appui sur ce qu’il y a autour, en l’occurrence la tablette. À roulettes. Qui supportait bouteille de champagne et verres. C’est donc avec bris de verre et fracas de bouteille qu’il se leva pour se rapprocher et finir sa phrase qu’il avait tant de mal à formuler:

 » J’aime toujours Sophie ! »

La bouteille de champagne se brisa sur ces mots, les verres atterrirent dans le jacuzzi et elle se leva dans toute sa nudité, les bras en l’air, les seins menaçants:

« Mais elle est morte depuis deux ans ! »

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