Writober 30 – De mauvais augure, menaçant, inquiétant

Writober 30 – De mauvais augure, menaçant, inquiétant

Le trajet en voiture fut silencieux. Pourtant il pouvait entendre les reproches de son père. Pourquoi avait-il tant trainé? Il ne savait donc pas que son père se dévouait pour l’emmener et le ramener depuis qu’il s’était fait son claquage? Quel fils ingrat!

Il avait assez bien anticipé ses réactions. Qu’il était prévisible! Il avait réfléchi à la façon de s’y prendre pour aborder la question de la sortie au match. Il ne voulait pas attendre, pas repousser indéfiniment. Il pourrait passer à autre chose ensuite, prendre une douche, jouer à FIFA sur la console.

Il fut surpris de la presque facilité avec laquelle son père avait changé d’avis. Il avait fait le nécessaire pour l’amadouer, mais il avait pensé que son père aurait montré plus de résistance, se serait fait plus prier. Il prit son nouveau gel douche dans le placard, celui qu’il affectionnait particulièrement, qui sentait une odeur qui lui rappelait certaines notes du parfum de sa mère . Et fit couler l’eau. Il se surprit à chantonner. La perspective de sortir de la maison et se retrouver avec ses camarde de jeux venait enfin de se concrétiser.

L’eau chaude quasi bouillante faisait rougir sa peau, la vapeur commençait à l’envelopper, à créer un brouillard qui occultait son reflet dans le miroir.

« Alors, on chantonne? « 

Son père était entré et le regardait, adossé à encadrement de la porte, bras croisés.

« Je réfléchissais, et je ne suis pas complètement sûr que ce soit une bonne idée que tu partes alors que tu n’es pas totalement rétabli de ta blessure. Je vois là une manigance de ton entraîneur qui veut un sbire. Il va te faire porter des trucs, tu vas marcher, piétiner, ce n’est pas bon pour ta convalescence.

– Mais tu avais dit oui.

– Oui, je sais, j’ai voulu te faire plaisir, et tu m’as fait plaisir aussi, je sais que tu es un garçon raisonnable. Mais… « 

Il n’aimait pas du tout le ton de sa voix, son sourire. Son père en voulait plus. Résigné, il arrêta l’eau pour sortir de la douche. Son père l’arrêta.

« Non, non, je ne veux pas interrompre tes ablutions. On peut continuer à parler. Je t’en prie, ne t’arrête pas pour moi. »

Il tourna de nouveau les robinets et se versa du gel douche dans le creux de sa main.

 » Mmh, ca sent bon ça. »

Son père s’était déshabillé et l’avait rejoint dans la douche. Il grelottait maintenant sous l’eau brûlante. il commença à s’agenouiller, mais son père le retint. Il le plaqua contre la paroi de la douche, vint se coller dans son dos et plaqua sa bouche contre son oreille.

 » Ça me crève le cœur que tu me quittes comme ça! Tu ne te rends pas compte, mais moi je t’aime, je n’ai pas envie de te voir partir comme ça alors que tu es encore fragile. Reste avec ton papa qui t’aime. Je vais te protéger, moi. Ils ne te veulent pas du bien ces vilains joueurs de foot. Surtout ton coach, comme tu l’appelles. Alors lui, je m’en méfie beaucoup. Sous ses airs douceureux, il va t’exploiter, tu vas souffrir avec lui. Tu vas perdre tes illusions. Alors que moi, je ne veux que ton bien. »

À ces mots, son père lui écarta les jambes et le plaqua plus fort contre la paroi, tout en badigeonnant son anus de gel douche. Quand il le pénétra, il sentit une douleur intense le traverser de part en part. Il voulut mourir sur le champ.

Il n’entendit pas le bruit qui fit son père se retirer brusquement. Il glissa à terre et se recroquevilla sous l’eau qui ne parvenait pas à soulager son mal être. Il sentit des mains l’agripper pour le relever, mais il lutta pour garder sa position de repli. Il reconnut une voix familière et tourna la tête. Il vit son coach, les vêtements trempés qui tentait de le relever, le cajolait et le rassurait. Il tourna la tête un peu plus et vis son père gisant dans la cabine de douche, le sexe recouvert de sang.

« C’est fini, viens avec moi. Viens. C’est fini. »

Ce texte s’inscrit dans une série qui s’alimentera au cours du mois d’octobre, en lien avec un détournement de Inktober. Le détournement est une idée de Kozlika : au lieu d’un dessin par jour, ce sera un texte inspiré par le mot du jour

3 commentaires

  1. On s’attendait un peu à une fin de ce genre, mais t’as très bien dosé l’angoisse et maîtrisé la progression du rythme. Superbe !

  2. Merci Pablo et lolo!
    @Lolo: tes désirs sont des ordres, j’ai créé une catégorie qui permet de regrouper les textes de l’histoire de ce joueur de foot.
    @Pablo: oui, j’ai tendance à aimer les happy ends, mais je me soigne 😉

Répondre à lolo Annuler la réponse

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *