Writober 26 – Cacher

Writober 26 – Cacher

Le départ du marathon prit la forme d’une séance du rafraîchissement de la couleur de ses cheveux. Elle préférait cacher son châtain clair par un blond platine plus lumineux. Elle poursuivit par un gommage au savon noir et au gant de crin, pour éliminer les peaux mortes et rendre sa peau douce.

Il se leva vers dix heures, beaucoup plus tard qu’il ne l’aurait voulu. Il commença par avaler un demi-litre d’eau fraîche pour combattre un mal de tête naissant et rincer le cendrier qui lui servait de bouche. Il se gratta un testicule, hésitant quant à la suite à donner à cette journée: un café devant les réseaux sociaux ou une série? Il opta pour les réseaux sociaux pour découvrir les photos que ses potes avaient prises de leurs soirées de la veille.

Après un déjeuner léger composé d’une salade et d’un yaourt, elle se rendit chez l’esthéticienne. Au programme, torture de l’épilation et pose gel sur les ongles. Encore une jeune minette qu’elle ne connaissait pas débarqua dans la cabine, alors que ça faisait cinq minutes qu’elle poireautait dans la salle mal isolée et mal insonorisée. Elle put apprécier avec quelle discrétion la gérante avait appelé Madame Samson pour une épilation de la moustache. Madame Lenoir avait réservé pour une épilation du maillot intégrale. Elle grimaça à cette évocation. La jeune fille était brusque dans ses gestes, ce qui eut pour effet de la crisper davantage. Et avaient-ils vraiment jugé judicieux d’installer un miroir en face de la table ? Elle se voyait les jambes écartées en grenouille, le slip replié pour preparer le terrain de l’épilation du maillot brésilien. Quel tableau pathétique. Heureusement, la séance de manucure approchait et allait pouvoir se détendre.

Quand son pote l’appela pour lui proposer de faire les courses ensemble, il émergeait d’une sieste involontaire. Il s’était endormi sur son canapé au milieu d’un épisode d’une nouvelle série à laquelle il n’avait pas accroché. Il se fit couler un café pour l’aider à émerger et fuma à la fenêtre. Le temps était maussade, le ciel était uniformément gris, formant un continuum avec le blanc sale des immeubles environnants. V’la la déprime.

Le jour commençait à décliner lorsque elle sortit enfin de chez l’esthéticienne. Sa copine Magali lui avait envoyé plusieurs messages pour préciser l’heure et le lieu auxquels elles se rejoindraient. Elle avait juste le temps de cuisiner le gâteau au chocolat promis, et de se préparer. Elle commença par reprendre une douche pour se débarrasser des résidus de cire. Une fois sèche et crémée, elle appliqua de l’anti-cerne, du fond de teint et de la poudre pour cacher signes de fatigues et imperfections de peau. Du highlighter aux endroits stratégiques et adieu grise mine ! Elle maquilla ses yeux, allongea ses cils, redessina ses sourcils, pour donner de l’intensité à son regard. Un peu de rouge sur le haut des pommettes. Un soutien gorge push-up pour ré-hausser une poitrine qu’elle jugeait trop menue, le string assorti, des bas qui s’arrêtaient à peine au-dessus de sa jupe à taille haute qui lui aplatissait le ventre. Ce n’était que quelques cache-misère qui ne faisaient pas de mal et qui permettait de se présenter sous son meilleur jour. Un T-shirt noir décolleté mais pas trop, à peine rentré dans la jupe, des bottines à talon, quelques bijoux colorés et un rouge à lèvre rouge mat pour parfaire le tout. Elle était prête.

Au supermarché, ils avaient fait le plein de bières, de chips et de guacamole. Les autres apportaient des salades, des quiches, des pizzas et du dessert. Sur le tapis de la caisse, son crétin de pote étala les boites de capotes qu’il était allé cherché juste avant. « Et si ça marche pas, je t’ai pris ça! » Et il déposa fièrement un paquet de rouleaux de sopalin. Quel débile ! Rentrés à l’appartement, il fila sous la douche pendant que son pote déballait les courses. Il se rasa, se parfuma et choisit son T-Shirt fétiche, celui avec un dragon aux yeux rouges langoureux. Il y aurait Magali ce soir, avec des copines à elle. Il devait faire bonne impression.

Comme d’habitude Magali était en retard, et le lieu de rendez-vous avait changé trois fois depuis qu’elle était partie. À cette allure, elle arriverait déjà éreintée, les pieds en compote. Elle décida de ne plus bouger et attendre Magali dans un bar lounge près de la station de métro. Elle vérifia la tenue de son rouge à lèvre et de l’ensemble de son maquillage. Une petite pointe de poudre pour effacer les traces de coulure dues à l’humidité. Magali allait enfin lui présenter Christelle dont elle lui avait tant parlé. Il fallait qu’elle fasse bonne impression.

Ce texte s’inscrit dans une série qui s’alimentera au cours du mois d’octobre, en lien avec un détournement de Inktober. Le détournement est une idée de Kozlika : au lieu d’un dessin par jour, ce sera un texte inspiré par le mot du jour

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